Une folie de lecture en mars 2022

 À la suite d’un article sur mon blogue abordant le lien entre la peinture et l’art narratif dans les romans de Virginia Woolf, j’ai décidé de me procurer Romans, essais de l’écrivaine dans la collection Quarto de Gallimard. J’ai donc eu ce livre en mains hier et il compte 1 371 pages. En même temps je me suis retrouvé avec le dernier roman de Stefansson, Ton absence n’est que ténèbres, et je note qu’il compte 606 pages.

 J’ai dans la même collection, Écrire la vie d’Annie Ernaux. On retrouve dans cette collection un aperçu passablement détaillé de la vie des auteurs et celui de Virginia Woolf m’a fait découvrir des aspects nouveaux que je ne connaissais pas. Pourtant j’ai lu plusieurs romans de l’écrivaine dans l’édition Folio et j’ai aussi fouillé deux anciens numéros du Magazine littéraire qui datent de 2004 et 2012.

Ce qui est aussi particulier de cette édition c’est que l’on aborde à la fois les romans et les essais de Virginia Woolf. On peut lire à la page 7 : « Une autre originalité de ce Quarto est de rassembler dans le même ouvrage deux genres que l’on sépare généralement chez Virginia Woolf, le roman et l’essai. Comme s’ils n’avaient rien à voir entre eux. »

Des cinq romans qu’on retrouve dans cette édition, j’en ai lu trois : Mrs. Dolloway, Vers le phare et Les Vagues. Je veux lire Orlando, le livre dont elle parle à plusieurs occasions dans son Journal intégral. Il me tarde aussi de lire Les Années, un roman que bien peu de gens semblent avoir lu. Deux essais sont aussi publiés dans cette édition : Une chambre à soi et Trois guinées.

En cette soirée du 3 mars, j’ai parcouru la section «Vie et oeuvre», qui ouvre le volume et j’ai pris quelques notes que je transcris mot à mot. On souligne que ce sont les seules lignes du bouquin qui ne sont pas de la plume de Virginia Woolf :

Les trois filles sont ravissantes, Julia en particulier, qui posera pour plusieurs peintres préraphaélites.

Julia se marie en 1867 et elle a 21ans. Son mari est Herbert Duckworth et il est avocat.

Elle est enceinte de son troisième enfant quand son mari meurt. S’en suit une terrible dépression. 

Elle épouse en 1878  Leslie Stephen.

À 37 ans, elle avait donné naissance à sept enfants. 

La famille est une famille très étendue, lettrée, aisée sans être riche.

Le grand-père de Virginia, James Stephen, est très cultivé. On note chez lui de la morbidité. Il a fait plusieurs dépressions.

Leslie doit beaucoup à cet héritage physique et culturel. La recherche d’une maison en Cornouailles pour les vacances estivales est liée au désir de mettre ses enfants en contact avec la nature.

Leslie a eu de son premier mariage avec Minny, une fille, Laura, handicapée mentale et difficile à maîtriser.

Vanessa naît en 1879.

Thoby en 1880.

Virginia en 1882.

La naissance de Virginia survient dans une période de tension très forte entre Leslie et Julia en raison des longues absences répétées de Julia auprès des membres de sa famille malades ou mourants. 

Adrian, le dernier enfant, naît en 1883.

En 1884, elle subit des attouchements de son demi-frère, Gerald Duckworth. Elle en fait mention dans le texte Une esquisse du passé

Un texte de Virginia de l’année 1891 où elle parle de son frère Adrian est significatif : 

« le Dictionary of National Biography l’a broyé avant qu’il soit né. Il m’a aussi un peu fêlé la cervelle. Sans cette contribution à l’histoire de l’Angleterre, je ne serais pas aussi intelligente, mais je serais plus équilibrée. »

À 11 ans, elle a peur de traverser la rue.

Sa mère meurt en 1895. C’est Stella, sa demie-soeur qui va s’occuper de la maison. 

Quant à Leslie, ses épanchements auprès de sa belle-fille dépassent toute mesure. 

Stella se marie en 1897 et elle meurt au retour de son voyage de noces.

On évoque aussi les liens bien particuliers des Duckworth avec les deux soeurs, Vanessa et Virginia ainsi qu’avec Julia.

En 1902 Leslie décède d’un cancer de l’intestin.

En cette même année Virginia fait la rencontre de Violet Dickinson.

On peut lire le passage suivant à la page 26 de l’édition Quarto :

« Pendant cinq ans, Violet a été essentielle pour Virginia, assurant le rôle difficile et parfois exaspérant du mère de substitution, bureau des plaintes, soutien psychique et principal interlocuteur de la jeune fille exigeante qui veut devenir écrivain. »

Violet est née en 1865 et elle a 17 ans de plus que Virginia. Une correspondance entre entre les deux commence en 1902. On s’est interrogé sur la nature exacte des relations entre ces deux femmes. Vanessa Curtis a écrit :

« … regardless of the question marks that still hang over the exact nature of their early relationship, there can be no denying that Violet was the first true emotional and physical love of Virginia’s early adult life »

Elles vont se rapprocher deux ans plus tard suite à la mort de Leslie Stephen.

Dépression de Virginia et tentative de suicide.

J’en suis là dans ma lecture en ce jour du 4 mars 2022.

On sait que la vie n’a pas été facile pour cette femme qui s’est suicidée en mars 1941. De nombreuses dépressions et des tentatives de suicide. Je transcris le dernier paragraphe du Journal intégral à la page 1 527. Ce paragraphe est précédé des mots suivants : 

« Dans sa réponse à Vanessa, écrite probablement le 23 mars, V.W. reconnaît que « l’horreur a recommencé » au cours des dernières semaines, et explique qu’elle est persuadée de devenir folle et que, cette fois, elle ne s’en remettra pas. Ce jour-là, un dimanche, les Woolf rendirent visite à Mrs Chavasse au village. Le lendemain, alors que V.W. écrit pour la dernière fois dans son journal, Leonard note dans le sien : « V. : un léger mieux. »

Et ce dernier paragraphe se lit ainsi :

« John Lehmann avait écrit à V.W. une lettre enthousiaste à propos d’Entre les actes, dont il avait déjà annoncé la parution pour le printemps par la Hogarth Press. Mais le doute et la dépression gagnant du terrain, V.W. lui envoya une lettre d’excuses, lui expliquant qu’elle trouvait décidément le livre trop stupide et trivial et qu’elle tenait à le réviser avant sa parution à l’automne. L.W., alarmé par son état de santé moral et physique, et par les funestes symptômes de la dépression, persuada alors V.W. de voir Octavia Wilbeerforce, en médecin et amie. C’est dans ce but qu’il la conduisit à Brighton le jeudi 27 mars. Le lendemain matin Virginia se noya dans la rivière Ouse. Leonard retrouva sa canne sur la berge près du pont tournant de Southease. On retrouva son cadavre quelque trois semaines plus tard sur l’autre rive de la rivière. Son corps fut incinéré le 21 avril et Leonard enterra ses cendres sous l’un des grands ormes situées le long de l’allée qui servait de pistes de boules, dans le jardin de Monks House. »

Difficile de lire de tels mots suite au suicide d’une écrivaine que j’apprécie tellement. Ces romans sont fameux, brillants et en relisant son roman Vers le phare, en même temps que Madame.lit j’en demeurai ébloui en fouillant chacune des pages du roman.

J’ai fait mention de la vie difficile de Virginia Woolf en évoquant ses dépressions et ses tentatives de suicide. D’autres faits sont à noter : Virginia a treize ans à la mort de sa mère et vingt-deux au moment où son père meurt. Elle perd son frère Toby deux ans plus tard. Sa mère aussi a fait une dépression, son grand-père aussi et la fille du premier mariage de Julia, Laura était une handicapée mentale.

La vie dans leur domaine en Angleterre n’est pas facile. La présence des Duckworth ne facilite pas les choses. C’est Stella, la fille du premier mariage qui s’occupe de la maison quand Julia décède. De plus les deux fils, George et Gerald se permettent des attouchements sur Virginia. On souligne aussi dans la présentation de l’écrivaine chez Quarto la profonde dépression de son mari, dépression qui l’incite à démissionner du poste qu’il occupe. Et dire que la dépression de Virginia en 1911 avait duré une année complète. L’amour pour Virginia ce n’est pas facile. Dans une lettre qu’elle envoie à son futur mari on peut lire les mots suivants :

« …quand je suis avec vous il existe un sentiment permanent et croissant. Bien sûr vous voulez savoir si ce sentiment me poussera jamais à vous épouser. Comment dire? Je pense que oui, parce qu’il ne semble pas y avoir de raison pour le contraire, mais je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve. Je me fais un peu peur. J’ai parfois l’impression que personne n’a pu ni ne pourra jamais partager quelque chose. C’est à cause de cela que vous me trouvez semblable à une montagne ou à un rocher. »

Elle se marie en 1912 et fait une tentative de suicide en 1913.

Je retiens de ce texte de Jon Kalman Stefansson les lignes qui vont suivre. Ce texte est particulier car il est comme un avant-propos de son dernier roman qui a pour titre : Ton absence n’est que ténèbres.

« Vos gênes charrient vos émotions, souvenirs, expériences et traumatismes d’une vie à une autre, et dans ce sens, certains d’entre nous sont vivants longtemps après leur disparition, y compris lorsqu’ils ont sombré dans l’oubli. Nous portons perpétuellement en nous le passé… »

On peut se demander si les ancêtres de Virginia peuvent être un des causes de beaucoup des malheurs de la vie de l’écrivaine. Et dire que j’aime tellement l’oeuvre de cette écrivaine britannique.

 Vous allez certainement me dire qu’il est peut-être préférable de lire les romans, les essais d’un écrivain en oubliant ce que l’on sait de sa vie. Je pense qu’il ne peut en être ainsi dans l’oeuvre de l’écrivaine britannique. L’image que vous voyez provient du dossier qui lui est consacrée dans le numéro d’avril 2012 du Magazine littéraire. Le titre de l’article est : Oser être soi-même et on peut lire les mots suivants dans la présentations de l’article :

 « Cette vie-là, encore moins que toute autre, ne peut se réduire aux seuls jalons chronologiques. Nul coup de théâtre, nulle extravagance, mais une sourde lutte contre le gouffre, qui se joua imperceptiblement « entre les actes. »

Si vous regardez attentivement le texte sous la page de gauche vous pourrez lire :

« Peut-être n’ai-je rien fait d’autre qu’approcher l’autobiographie. »

Avez-vous aimé cet article? Cet article vous donne-t-il le goût de lire des romans de Virginia Woolf?

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Parenté de la peinture et de l’écriture narrative

Bonjour,

J’ai décidé d’aborder sur mon blogue, les livres de la grande écrivaine britannique, Virginia Woolf. Pourquoi? J’aime beaucoup la plume de cette dernière et il y a quelques semaines, j’ai relu un de ses livres et je me suis dit que j’avais envie de rédiger un article pour jeter un nouveau regard sur son univers. J’espère que vous aimerez cette chronique!

Le point de départ de ce sujet pourrait être les propos de Pierre Nordon dans le dossier consacré à Virginia Woolf dans le numéro de décembre 2004 du Magazine Littéraire :

« (…) car l’une des innovations les plus marquantes de Virginia est d’avoir volontairement transposé en littérature la pratique des impressionnistes. La Promenade au phare marque avec le personnage de Lily Briscoe, cette parenté de la peinture et de l’écriture narrative. »

Dans le premier article du dossier consacré à Virginia Woolf dans le numéro d’avril 2012, on peut lire les propos suivants d’Augustin Trapenard :

 (…) son projet visionnaire d’élargir l’idée que nous nous faisons du roman?. En étudiant précisément la plasticité de ses romans – en particulièrement l’entremêlement des arts que sont la littérature et la peinture la photographie ou même le cinéma -, ne voit-on pas se dessiner comme une brèche ouverte sur un au-dessus du texte? »

Alexandra Lemasson a consacré un livre à Virginia Woolf. Je note deux passages d’une même page de son livre :

« (…) dans La Promenade au pare les problématiques relatives à l’écriture et à la peinture finissent par se rejoindre.

L’écrivaine poursuit avec les mots suivants :

« le mot de la fin revient à Lily, le peintre. J’ai eu ma vision, dit-elle. Voilà la seule chose qui compte désormais pour Virginia qui va lui consacrer le restant de son existence. Écrire pour tenter de retranscrire avec des mots ce que sa sœur transcris en couleurs.

Je me suis permis de citer trois auteurs qui viennent confirmer le titre de mon article. Si j’ai insisté c’est qu’il n’est pas facile de trouver des mots des romans de Virginia qui viennent appuyer ces propos. Je pense, dans un premier temps,  à deux façons de comprendre : trouver des propos de Virginia dans son Journal intégral qui appuient ces propos et ensuite tenter de commenter quelques uns des tableaux peints par la sœur de Virginia, Vanessa.

Je vais tenter d’illustrer cela en vous montrant à la fin de mon article des photos des tableaux de Vanessa, la sœur de Virginia. On en retrouve cinq ou six dans le numéro du Magazine Littéraire d’avril 2012. Quand j’ai terminé la lecture du roman en même temps que Madame lit, comme je l’ai souligné, je suis retourné vérifier la documentation que je possédais sur Virginia Woolf et j’ai retrouvé ce numéro. En observant les photos je pensais à des passages du roman qui pourraient illustrer de tels propos.

Un autre passage du livre d’Alexandra Lemasson est intéressant :

« Dans La Promenade au phare, Virginia donne une illustration de la relation si complexe qu’elle entretient avec sa sœur. Lily Briscoe, jeune peintre qui se débat tout au long du livre avec un tableau, lui ressemble comme une sœur. Une expression à prendre au pied de la lettre puisque Lily, à sa manière, fait la synthèse de Vanessa et de Virginia. »

Lily Briscoe est vraiment un personnage important dans le roman La Promenade au phare. On la voit au début du roman installée avec son chevalet en train de peindre un tableau d’une femme avec son enfant. Ces deux personnages sont Mrs Ramsay et son fils qui veut tellement aller au phare. On retrouvera la peintre dans la dernière partie du roman. Le roman se termine au moment où Lily a complété son tableau. Un passage significatif de la préface de Françoise Pellan illustre ce lien entre la peinture et la littérature :

« Du point de vue de la forme et de la technique narrative, l’œuvre ne respectait cependant pas davantage les conventions du genre romanesque et n’était pas moins de nature à déconcerter ses premiers lecteurs. Empruntant au domaine pictural le principe de sa composition, elle se présente sous la forme d’un triptyque. »

Un passage du chapitre 4 du roman nous lance dans une autre direction pour comprendre ce lien entre la peinture et la littérature. On évoque le travail de Lily en train de peindre :

« C’est dans ce passage éclair de l’image à la toile que l’assaillaient les démons qui souvent la mettaient au bord des larmes et rendaient le passage de la conception à l’exécution aussi redoutable que l’est pour un enfant la traversée d’un couloir obscur. »

Pour bien faire voir ce rapprochement entre les deux arts j’ai retrouvé dans le Journal des propos de ce qui se passe entre une pensée et le mot que l’on met sur papier. C’est un texte de 1026 dans lequel s’exprime sur le roman qu’elle entreprend, Vers le Phare :

« Car c’est bien ce que serait le livre entièrement, uniquement et sans réserve fait de nos pensées. Supposons que l’on puisse les saisir avant qu’elles ne se changent en « œuvres d’art »? Les attraper au vol alors qu’elles nous viennent inopinément à l’esprit ; en gravissant la colline d’Asheham, par exemple. Bien sûr, cela n’est pas possible, car le recours au langage est lent et illusoire. Il faut s’arrêter pour trouver un mot, et il y a aussi le moule de la phrase, qui demande à être rempli.« 

J’ai donc retrouvé trois photos qui illustrent d’une certaine façon mes propos sur cette parenté de la peinture et de l’écriture narrative. Elles se retrouvent dans le numéro d’avril 2012 du Magazine Littéraire. L’une nous montre l’écrivaine assise à l’extérieur, une seconde nous présente Lytton Strachey. Il est un écrivain et un biographe qui était connu de la famille. La troisième a un titre énigmatique quand on observe cette toile de 1912, Conversation Place.

La première photo que je vous fais voir est celle de Lytton Strachey. Les mots que vous verrez sont ceux que m’ont inspiré en observant attentivement la reproduction de ce tableau. Vous verrez à la droite la photo les mots de Virginia Woolf dans son texte Une esquisse du passé.

« Si j’étais peintre, je rendrais ces premières impressions en jaune pâle, argent et vert. Il y avait le store jaune pâle ; la mer verte ; le gris argent des fleurs de la passion. Je représenterais une forme sphérique ; semi-translucide. Je représenterais des pétales recourbés ; des coquillages, des choses semi-translucides ; je tracerais des formes arrondies, à travers lesquelles on verrait la lumière, mais qui demeureraient imprécises. Tout serait vaste et indistinct ; et ce qu’on verrait on l’entendrais aussi ; des sons sortiraient de tel pétale ou telle feuille – des sons indissociables de l’image.

La seconde image est le tableau de Vanessa Bell de 1912 qui a pour titre Conversation Place.

On voit donc un lieu pour une conversation où se retrouvent trois personnes. On en voit deux et on entrevoit une personne sur la droite du tableau. Cela me semble aussi énigmatique que les trois premiers paragraphes du roman Les Vagues de Virginia :

« Je vois un anneau, dit Bernard, suspendu au-dessus de moi. Il frémit suspendu dans une boucle de lumière. »

« Je vois une dalle d’un jaune pâle, dit Susan, qui s’étend jusqu’à une raie pourpre. »

« J’entends un son, dit Rhonda, gazouillis, guilleri ; gazouillis, guilleri ; qui monte et qui descend. »

La troisième tableau nous permet de voir l’écrivaine Virginia assise à l’extérieur. Cette image ouvre le dossier consacré à Virginia Woolf dans le le numéro d’avril 2012. Je vous laisse mettre des mots à cette image et vous fais aussi voir les deux premières pages de ce dossier. Cette page de droite est très significative quand vous en lirez le titre :

J’espère que vous avez apprécié cet article. Peut-être vous fera-t-il connaître cette grande écrivaine britannique que j’apprécie beaucoup.

Avez-vous lu un ou deux romans de cette écrivaine?

Si vous en avez lu plus d’un vous pourriez me dire celui que vous avez préféré dans les commentaires. Merci et au plaisir de vous lire!

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